Ancienne danseuse de niveau professionnel, aujourd’hui Dominatrice, j’ai pu comparer, relier et comprendre la quête des soumis : elle s’avère être très proche de celle du passionné artistique.

Dans le milieu de la danse, les cours et répétitions sont sans doute les moments les plus authentiques des danseurs.

Dans le milieu sadomasochiste, l’authenticité est au rendez vous si la maîtresse réussit à conduire le soumis à un état de vertige, au bord de l’inconnu, tout en sachant qu’elle ne le laissera jamais choir. Beaucoup de masochistes très difficiles et sans maîtresse attitrée, sont amenés à aller voir différentes Dominatrices jusqu’à ce qu’ils trouvent leur idéal. Tout comme l’élève artiste qui va toujours chercher mieux jusqu’à trouver le professeur sur lequel il peut s’extasier. Le comble pour l’élève masochiste serait de stagner. Sa passion serait brisée.

La préparation à la scène avant la première d’un ballet est la répétition générale en costume. C’est avec les pas mémorisés, la mesure, la rapidité et la grâce acquise que le danseur, travesti dans un personnage, doit briller devant le public. C’est la récompense du soumis à la passion. Le moment de vertige si jouissif.

Les masochistes féminisés adorent s’admirer, autant que de prendre des poses, améliorer leur port de tête, être plus gracieuses.

Certains pas de danse, si libres en variation et semblant si naturels, sont appris à partir des cinq positions à la barre, source de recherche d’équilibre.

C’est avec la corde de bondage que les positions sont tenues. C‘est dans l‘envol de la beauté de Pégase que je perçois la perfection. Il n’est pas rare que l’élève continue sa progression seul, à travailler encore et encore à partir de l’enseignement reçu. Dans toutes passions, le soumis veut toujours plus de performance. Le masochiste enfermé, grâce à une préparation efficace de la maîtresse, a le goût de la réflexion, mais aussi le goût pour une attente de ce qui va bien pouvoir se passer. La dominatrice doit être capable de laisser cette place au mystère, au suspens.

Les cours de danse sont composés pour un ensemble, contrairement aux acteurs, où chaque individu a un rôle distinct qu’il doit être en mesure de suivre. Même l’étoile ne sera jamais autodidacte. Cependant les plus assidus auront une grande satisfaction en suivant des cours particuliers, avec un professeur bien choisi.

Le masochiste éprouve aussi une grande satisfaction à avoir le ressenti constant d’un intéressement axé sur lui seul, le plaisir d’être corrigé par la maîtresse lors de séances en duo.

La danse donnerais beaucoup moins de place au rêve si les sauts, comme les entrechats, les grands jetés, n’étaient pas à l’entraînement et au répertoire. (Au programme) Paradoxalement, un danseur ne pourrait accomplir ces figures si les adagios lents et pourtant préparatoires à la rapidité n’avaient lieu. Les sauts permettent au danseur de se surpasser comme la souplesse et les pirouettes. C’est le bagage exaltant de ceux qui s’envolent.

On ne peut rester dans les airs et c’est donc en enchaînant les sauts que la virtuosité sera vue. A ces moments là, Il ne s’agit plus de détendre son souffle, comme dans l’adagio très difficile à réaliser, où tous les mouvements doivent être exécutés sur de longs temps en gardant l’équilibre le plus parfait.

L’art d’un contrôle de respiration pour le masochiste est d’éliminer toutes craintes, car c’est la maîtresse seule qui rythme la cadence de la respiration à prendre, en prenant garde à maintenir des montées d’adrénaline. Cette pratique est un grand moment d’apesanteur à laquelle peut se lier l’urologie. La maîtresse devient mère dans cette ambiance qu’elle doit gérer à la perfection.

La priorité chez un danseur est d’avoir, entre autres, des pieds flexibles qui facilitent la sortie du coup de pied, cette cambrure si esthétique qui prolonge les jambes et allonge le corps, plus visible chez la danseuse qui monte sur pointes.

Le port des cuissardes à hauts talons apporte à la dominatrice cet effet visuel d’imposer à la scène. Rien ne serait plus inesthétique qu’une maîtresse avachie sur ses talons car les vêtements et chaussures sadomasochistes sont parfaits pour valoriser dans le contexte domination-soumission, la présence de la maîtresse.

Bon nombre d’exercices provoquent des sensations de brûlures, aux doigts de pieds mais aussi au bassin. Le grand écart, les jambes contre un mur est un exercice offrant la souplesse à condition d’y rester plusieurs minutes. C’est une position provoquant une sensation de brûlure, au début, pendant et après. Cela nécessite de la force mentale et une respiration régulière de façon à ce que ce soit un moment de méditation. La passion l’emporte sur la petite douleur. Le danseur ne s’arrête pas à ça car il le sait.

Le masochiste trouve seul son tempo respiratoire lors des coulures de cire de bougie ou de brûlures de cigarette. S’il sursaute continuellement au contact de la chaleur, c’est à la maîtresse de calmer et tempérer la douleur pour mieux reprendre le jeu. La réaction à la sensation de brûlure diffère suivant les soumis. Certains aiment les initiales de la maîtresse gravées, une croix, un recouvrement partiel ou total d’une partie du corps.

Le danseur est tout à ce qu’il fait lorsqu’il est en répétition ou en cours et continu d’apprendre sans relâche, au fil des jours, car le même mouvement qu’il exécute maintes et maintes fois, ne pourra jamais être copie conforme suivant sa sensibilité. Les pas de danse, tout comme les mots, ne donnent jamais les mêmes émotions.

Le danseur est cérébral et physique, il est acteur, d’autant plus lorsqu’il est dans la peau d’un personnage. Pendant les cours, de nombreuses émotions existentielles s’ancrent et c’est parce qu’il multiplie les changements de rôles au fil des répétitions qu’il a le don de se mouvoir et de se fondre dans un personnage du répertoire avec un naturel acquis et grande facilité. Il ne s’agit pas d’être dans un rôle en tenant compte uniquement de l’histoire ou du poème, mais de rentrer avec réalité dans les émotions du personnage ; le danseur décuple cela avec la musique.

La maîtresse qui établi des scénarii pour les soumis doit le faire dans les règles de l’art. Le masochiste éprouve le besoin d’être acteur, c’est donc la maîtresse qui lui donne son rôle. Le soumis a, plus que jamais, un grand besoin de dramaturgie, de suspens et de mystère.

Que les jeux de rôles soient fictifs ou réels c’est l’imagination de la Maîtresse qui emmènera le masochiste au bord du vertige. Dans tout scénario, la réalité de ce qui c’est passé, de ce qui continue, n’est pas la seule chose à introduire dans le jeu théâtral, car celui qui sait qu’il est soumis a l’esprit critique et difficile, non pas en ce qui concerne la réalité mais dans sa quête d’originalité au travers de laquelle qu’il recherche ces chimères.